4. Evolution du Guidisme


Les scoutes(dites Guides) du groupe Ste Jeanne de LESTONNAC

Le guidisme, mouvement scout pour jeunes filles, a été créé au Congo en 1937 par madame Fontaine Vloebergs, ancienne cheftaine de Louvain. la compagnie était pour les guides européennes de la paroisse St-Pierre d'Elisabethville. En 1939, le P. Ferdinand Fallon fonda une compagnie congolaise au camp de l'Union Minière et Madelaine Vilain XIV en créa à la paroisse St-Jean. Durant la 2è Guerre Mondiale, des compagnies pour Européennes furent crées à Léopoldville, Costermansville (Bukavu) et Stanleyville(Kisangani).

Du fait de la guerre, les relations s'interrompurent avec la Belgique. Ainsi la responsable du Katanga, Mme Cousin, rattacha le guidisme congolais à "l'Association Mondiale"(Londres) par le biais de l'Afrique du Sud.Ces mêmes responsables élaborèrent un "Règlèment Intérieur" inspiré du scoutisme. On adopta la dénomination "Fédération des guides Catholiques du Congo-Belge"(FGCCB) qui était divisée en sections régionales comprenant chacune deux branches: Le guidisme blanc et le guidisme Noir qui fonctionnait indépendamment l'un de l'autre.

Après la guerre, on réorganisa le mouvement. L'affiliation à l'Association Mondiale se fut par le biais de "l'Association Royale des Guides Catholiques de Belgique", on fusionna les branches.
En 1956, Marie-Claire Laloux, des " Guides Catholiques de Belgique, effectua une mission de six mois au Congo, à la suite de laquelle on intensifia la structuration du mouvement. Concrètement, le guidisme belge " prêta" Marie-Joseph Lacroix au guidisme congolais de mai 1957 à mai 1958 afin de lancer différents services: Sécretaire national, Economat national, aide à la formation des chefs, etc. Après son retour en Belgique, le Consei Fédéral belge la nomma " Sécretaire Fédérale" d guidisme congolais. De même, on envoya diverses cheftaines pour aider le mouvement tout en exerçant une activité professionnelle. En octobre 1957, la personnalité civile fut reconnue comme mouvement de jeunesse, ce qui lu permit de bénéficier des subsides de l'Etat et de faire partie de tous les conseils de jeunesse locaux ou provinciaux.

L'organisation nationale était identique à celle du scoutisme. Une commissaire fédérale assistée d'un aumônier Fédéral et évntuellement d'Adjointes et d'une Sécretaire Fédérale, était la reponsable chargée de coordonner l'ensemble des sections, d'orienter les efforts et de garder le contact avec la Belgique. A la tête de haque province, il avait une "Commissaire regionale" dont la mission était d'aider les groupes et de veiller à la formation et au recrutement des chefs. L'ensemble des dirigeants locales ou régionales étaient des femmes d'agents Européens, souvent mères de famille, des religieuses directrices d'écoles, des assitantes sociales et des intitutrices d'écoles européennes et congolaises, dont certaines avaient été Guides en Belgique ou au Congo. Une dizaine de sctions congolaises avaient des cheftaines Congolaises entièrement responsables, et toutes les autres avaient au moins une assistante autochtone qui aidait la cheftaine européenne et se formait à son contact.

L'organisation locale comprenait trois branches qui adaptaient la méthode du mouvement à l'âge et aux aptitudes des jeunes filles à qui elles s'adressaient:

a) "la branche cadette (lutins) groupe les enfants de 7 à 10 ou 11 ans;
b) la branche des guides s'adresse aux fillettes de 11 à 14 ou 16 ans;
c) la branche des éclaireuses rassemble les jeunes filles ou jeunes femmes de 14, 16 ans et plus"

L'idéal guide est exprimé par les pricipes directeurs suivants: les devises, les principes, la loi et les promesse. Ses méthodes sont celles de Lord Baden-Powell, conçues pour le scoutisme et adaptées, par son fondateur, à la formation des jeunes filles. Fondé sur la doctrine de l'Eglise en matière d'éducation, le guidisme cherche à aider ses membres à acquerir des convictions religieuses solides, déterminant le service quotidien de Dieu et du prochain. Ainsi, le guidisme catholique aide les jeunes à réaliser ine triple formation: personnelle, en développant le caractère et l'esprit d'initiative; complète, en restant fidèle aux quatre points de Baden-Powell (santé et vigueur physique, habileté manuelle et souci du prochain et de la communauté); et harmonieuse, en respectant la hiérarchie et les valeurs physiques, intellectuelles, morales et surnaturelles.

Les responsables du scoutisme et du guidisme estimaient que que certains aspects de la méthode scoute et guide étaient particulièrement adaptés aux Africains: vie en groupe, activités et services concrets; histoires; feux de camps; cérémonies; étapes progressives par lesquelles davait passer le scout ou la guide, qui rappellaient les épreuves des rites d'initiation, etc. Tout en reconaissant les mérites du scoutisme, un certain nombre de missionnaire estimaient néanmoins que la méthode scoute basée sur la vie dans la nature et l'attrait pour une habileté technique personnelle semblait ne pas convenir aux Noirs, du moins pour ceux des zones rurales. De même, ils considèraient que l'esprit du mouvement ne paraissait pas eexplicitement chrétien et apostolique.

Durant les trois dernières années qui précédèrent l'indépendance du Congo un accent particulier fut mis sur la formation des cheftaines Congolaises. Celle-ci se faisait par le biais des camps écoles de plusieurs jours réunissant des chefs de patrouille Congolaises et Européennes; par des recollections destinées à la formation religiese; par l'intégration des Congolais dans les " conseils" chez les Guides, etc. En 1958, 13 cheftaines assistantes ou éclaireuses Congolaises voyagèrent en Belgique à l'occasion de l'Explosition de Bruxelles. Elles y participèrent, en autres, à un camp de séjour guide intrenational. A l'occasion du Congrès des guides et scouts catholiques organisé à Stanleyville en 1960, on procéda à la mise en place de cadres africains en nommant, dans tous les disricts et régions, des Congolaises comme " Commissaires" titulaires ou comme "Commissaires" adjointes: Béatrices Nimy et Marie Kinyimba furent désignées Commissaires Adjointes de la Commissaire Fédérale.

En 1959, le Guidisme congolais comptait quelque 250 unités regroupant environ 7.000 membres. La repartipation indiquait, pour la Province Orientale: 2.800 membres; Katanga: 1.500 membres; la province de Léopoldville: 1.200 membres; l'Equateur :200 membres; le Kivu: 60 membres; le Kasaï: 250; le Rwanda: 150; le Burundi: 300 membres.

A l'indépendance, des membres actifs ou anciens du guidisme exercèrent de grandes responsabilités administratives: Béatrices Nimy devint Inspectrice Générale sociale, Marie Kinyimaba fut Directrice du foyer à Elizabethville, Florentine Kiabilua, Directrice d'un Foyer à Léopoldville.

CONCLUSION

Le scoutisme comme le guidisme a constitué une école de formation pour les jeunes Congolais. Il a éveillé leurs mentalités sur un certain nombre de problèmes et leur faisait entrevoir des possibilités nouvelles. Il s'y tissait de liens de solidarité et une affinité entre des membres originaires d'ethnies et de provinces différentes qui se réunissaient généralement sous la même influence missionnaire.

Il fournit l'illustration des associations de jeunesse qui avaient été intérgrées dans les projets du gouvernement pour soutenir la politique coloniale. C'est ainsi que la formation des jeunes Congolais répondait parfois à des priorités et à des réflexes extra-congolais qui ont eu des incidences profonds sur la première génération des élites formées dans la Colonie.

On décèle les traces de ce type de formation dans les premiers projets politiques élaborés par les élites formées entre autres à l'école du scoutisme. Par exemple, le " Manifeste de Conscience Africaine" porte l'empreinte de la contribution d'anciens scouts comme Joseph Albert Malula, Antoine Ngwenza et Joseph Ngalula. Il souhaitait un changement pacifique et proposait une émancipation progressive mais totale, c'est-à-dire à la fois politiques, économique et sociale:" Pour nous-lit-on dans le Manifeste- l'idéal dont nous rêvons pour la Nation congolaise de demain est une fraternités humaine basée sur l'égalité foncière des hommes sans distinction de races"

Le " Manifeste de conscience Africaine demeure le document précurseur à la formation des partis politiques nationalistes comme le Mouvement National Congolais ( M.N.C). En effet, on trouve les mêmes acteurs à p'origine de la création de ce parti en 1958: Antoine Ngwenza et Joseph Ngalula étaient membres du Bureau provisoir du M.N.C constitué le 10 octobre 1958. Après l'indépendance, plusieurs membres issus du scoutisme avaient occupé de très hautes responsabilités à la tête de l'Etat.

Avec le recul, on peut se demander ce que ces personnalités avaient fait de la promesse scoute qui consistait à "servir Dieu et la patrie". On peut se poser ds questions sur leur responsabilités au sujet des choix politiques opérés après l'indépendance du pays. On pourrait s'interroger également sur leur rôle dans la mise en place de la dictature du marchal Mobutu qui a conduit à la disparition de l'Etat, au renforcement de l'influence étrangère dans la vie nationale, à l'immoralité caractérisée par le phénomène de la "bureaugamie", au pillage systématique du patrimoine national...

Histoire du scoutisme En RDCongo

Source: 'Charles TSHIMANGA' Laboratoire " Société en Développement dans l'Espace et dans le Temps" Université Paris VII - Denis Diderot